Les femmes sur la ligne de front

F. habite Ali-Oumar, un hameau perdu à quelques kilomètres du puits du PK51. C’est une femme âgée et souriante. Assise à l’ombre de la cantine de l’école, elle se confie tout en buvant tranquillement du café. « J’ai quatre fils et sept filles. L’aîné, après quelques années de scolarité à Djibouti, est revenu à la maison un peu dérangé. Les trois autres garçons ont pris femme et ont leur vie propre. Les travaux d’entretien du troupeau retombent sur nos épaules à nous, les femmes. » Aucune trace d’amertume dans sa voix, seulement le réalisme des femmes habituées à la dure vie de la campagne.

F. n’est pas seule dans son cas. Dans la petite localité tout autour de l’école, les femmes ont décidées depuis longtemps de se suffire à elles-mêmes. C’est elles qui, non seulement s’occupent des travaux domestiques, mais aussi élèvent pratiquement leurs enfants, et des travaux d’entretien du cheptel. Elles s’occupent également de la distribution des vivres, par le biais de l’association des femmes, la seule organisation qui puisse tenir le rôle d’interlocuteur sérieux dans la localité.

Les hommes, de leur côté, perdent peu à peu du terrain en baissant les bras devant leurs responsabilités de chefs de familles. Minés par le chômage et la consommation du khât auquel ils consacrent presque toutes leurs ressources, ils n’ont pratiquement aucun rôle au sein de la famille, qui vit des distributions de vivres du PAM.

D’un autre côté, le cheptel est délaissé pour d’autres acticités plus rémunératrices à court terme. Les hommes s’exilent pour la capitale ou s’engagent comme main-d’œuvre pour les camions qui transportent du sable (du Grand Barra ou d’ailleurs). Les gains sont immédiatement réinvestis, comme prévu, dans le khât.

Ce matin, F. a délaissée les travaux domestiques et a parcouru à pied les quelques kilomètres qui la séparent de l’école. Depuis quelques temps, on construit un grillage autour d’un terrain vague qui deviendra bientôt un champ agricole collectif, avec le soutien du PAM (Programme Alimentaire Mondiale) et BED (Besoins Essentiels en Développement), un organisme du Ministère de l’Agriculture. « Si on ne vient pas, affirme-t-elle, les hommes ne vont pas travailler. Le temps va passer en querelles et chamailleries. » Les femmes apportent de l’eau pour le ciment, aident pour les petits travaux, et, le plus souvent, régulent en effet, la conduite des travaux.

Dans tous les aspects de la vie, les femmes sont sur la ligne de front, offrant une image de responsabilité qui contraste avec celle des hommes qui, quant à eux, se contentent de pointer l’index sur la légendaire et non prouvée infériorité des femmes.

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Une réflexion sur “Les femmes sur la ligne de front

  1. Les femmes: pilier de notre société depuis toujours. Exemple du rôle de ciment social tenue par les femmes de la localité de PK51 (Geed Qaarweeyné), qui contraste avec l’abandon et la lâcheté des hommes face à leurs responsabilités.

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